Inter-LGBT et SoFECT

Si il est une revendication qui est assez admise au sein de la militance trans, c’est bien celle-ci : stop la SoFECT, non à la psychiatrisation. Aussi, il apparaît curieux, et même surprenant, de voir la porte-parole de l’Inter-LGBT (conglomérat hétéroclites d’assos, de clubs, partis et syndicats divers, dont des assos trans), intervenir, et encore brièvement, entre deux psychiatres, dans un colloque de cette même SoFECT, dont voici le programme et la liste des intervenant-e-s :

Reprenons les choses. La SoFECT est une association de spécialistes médicaux et psychiatriques, formée en 2010 sous l’initiative de Mireille Bonnierbale et Colette Chiland, deux psychiatres-psychanalystes lacaniennes (transphobes par conséquent), et dont le premier hôpital a être broyé sous leur pression fut celui de Marseille-Dromel. Puis rapidement, les principales grandes villes de France furent rattachées au réseau SoFECT : Paris, Lyon, Bordeaux, Nice, Montpellier. Véritable pieuvre, cette InFECTE, non contente de régner sur le milieu hospitalier public, incite les spécialistes privés (psy, endocrino, généralistes…) de leur ville et des environs à rediriger toute personne trans vers leur services. Et quels services ! Le protocole de la SoFECT est d’une part incroyablement long et lent. Il est aussi très normatif. Pas de place pour les personnes trans qui sortent du moule hétéronormatif par exemple. Tu es séropositif-ve ? Adieu. Tu as déjà eu des enfants ? Ça va être compliqué… T’es précaire ? Là pareil… Tu es ou t’es déjà prostitué-e ? Bah casse-toi. Et tout ça, rien que pour l’entrée. Je ne parlerai pas du Saint Protocole que tu dois suivre à la lettre. Je ne parlerai pas de la transphobie administrative de la SoFECT qui refuse de s’adresser à toi avec ton identité actuelle et te cloutes sur la planche de ton identité de naissance. Je passerai aussi bien évidemment sur le fait que le Saint Protocole t’amène vers l’opération de « reconstruction » génitale, cela est obligatoire pour faire de toi une vraie femme ou bien de toi un vrai homme (non, les personnes non-binaires, n’espérez même pas entrer à la SoFECT, à part en faisait style vous êtes pas NB).

Bref, la SoFECT, ça pue. C’est essentialiste. C’est cissexiste. C’est transphobe. Et surtout : c’est dangereux. Des personnes trans ont mis (ou voulu mettre) fin à leur jour car la SoFECT a décidé unilatéralement de les jeter hors du Saint Protocole pour un écart de comportement ou une question mal répondue. Des personnes trans se sont mutilées à cause des temps d’attentes trop long pour espérer enfin avoir le précieux traitement hormonal de substitution. Des personnes trans se sont retrouvées sans rien, rejetées de tout le monde, suite à une « expérience de vie réelle » imposée par le Saint Protocole. Et la liste continue. La SoFECT a du sang sur les mains.

Et l’Inter-LGBT envoie sa porte-parole, à un colloque organisé par cet organe transphobe.

Alors j’ai épluché la page Facebook, le Twitter et le site web de l’Inter-LGBT, sans trouver une seule annonce de participation à ce colloque. Est-ce que l’Inter’ veut laisser secret cette participation ? Est-ce qu’elle assume difficilement le fait d’intervenir entre deux interventions psychiatrisantes ? Est-ce que cela a été discuté en interne auparavant ? Est-ce que les associations membres ont approuvé ceci ? Est-ce que la décision a été prise unilatéralement par le bureau sans faire descendre l’information, notamment vers l’association ACTHE (seule asso trans de l’Inter’) ? Dur de répondre à toutes ces questions mais je trouve très discutable cette manœuvre sournoise de la part de l’Inter-LGBT, qui met sous le tapis des dizaines d’années de lutte CONTRE le pouvoir psychiatrique vis-à-vis des personnes trans. La lutte trans (à part quelques médicalistes à la sauce TXY), a toujours refusé la mainmise psychiatrique sur nos parcours et nos vécus. Il ne s’agit pas de négocier avec les psy, il s’agit de les évacuer de nos vies. De les éliminer de l’accession à nos hormones, à nos opérations, à nos changements d’états-civil. Hors de question de négocier ou de sensibiliser ces gens. Et hors de question de s’intéresser à ce que peut dire la SoFECT.

Penchons nous sur ce colloque tout de même, et son programme.  La SoFECT dit vouloir s’intéresser aux personnes trans mineures (enfants, ado). Celle-ci cherche à combler un vide qui n’était pas abordé par les spécialistes indépendant-e-s : être trans quand on est jeune. Quand on connaît le normatisme de cette SoFECT, cela a  de quoi effrayer.
Mais mon opinion sur le sujet est que la SoFECT cherche à balader son filet de pèche plus profondément, afin de ramener dans son gîte des personnes trans qui n’auraient pas vraiment pris conscience des dangers que représente cette société de prise en charge. Il ne faut pas oublier que le E de SoFECT signifie Etude. Et que celle-ci cherche avant tout à nous étudier, nous, personnes trans. Nous sommes à ses yeux des sujets d’études psychiatriques et médicaux.

Sous  des apparence humanitaire et bienveillantes, la SoFECT cherche à se refaire une image, notamment auprès d’une jeunesse manquant d’information et de ressources, en quête d’immédiateté. Mais une fois que l’on passe la porte de cette facade post-moderne déconstruite, on retrouve la psychiatrie des années 70 et les propos et actes qui les accompagnent.

En d’autre termes, l’Inter-LGBT ne se préoccupe pas plus que ça des personnes trans, n’hésitant pas à collaborer avec un ennemi politique de longue date.

Aussi, lisez ce communiqué du Collectif Intesexes & Alié.e.s et sa position sur la tenue de ce colloque.

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