Nous sommes le 31 Mars, Journée Internationale de la Visibilité Trans (ou TDoV pour les anglophones).
J’ai pendant longtemps une avocate de la visibilité trans, de ma propre visibilité en tant que femme trans.
J’ai milité dans des associations.
J’ai milité à titre personnel.
Je faisais aussi souvent un shooting pour célébrer ce jour là.
Sauf que. Voilà.
Ces dernières années (depuis 2020 on va dire), j’ai plus tellement milité. Fatigue peut-être de répéter les mêmes choses. Perte de connexion avec un « tissu » ou un réseau relationnel et affectif que je m’étais constituée au fil de ma transition. L’isolement aussi.
J’ai déménagé récemment.
C’est un peu comme une remise à zéro. Où personne ici ne sait que je suis trans. Un franc réconfort. Ne rien avoir à justifier. Être une femme et considérée en tant que telle.
Puis, l’été dernier, à l’occasion d’une reprise de contact avec une cousine, qui elle-même connaissait un membre d’un groupe de collègues de jeu (Pokémon Go vous connaissez ?), mon « secret » est révélé. Et trois personnes qui habitent ma petite ville sont tombées au courant que je suis trans. Honnêtement ? Ça m’a fait mal. Très mal. C’est comme un viol de ma personnalité. De mon intimité. J’adorais le fait de ne pas être perçue comme « Damia, la bizarrerie trans » ou bien pire encore « Damia, cette presque-femme ».
J’ai mis les points sur le i et les barres sur les t (hahaha) avec les personnes en cause. Mais le mal est fait. On ne peut pas désapprendre ça.
Au delà de tout ça, il y a ma situation, où je vis dans une petite ville, où les nouvelles se répandent comme une traînée de poudre. Je commence à connaître des gens ici, et des gens me connaissent aussi. Dans cette ruralité, être trans c’est encore une nouveauté au mieux, une curiosité voire une tare au pire. Un motif de harcèlement, d’agressions, d’isolements.
À vous qui révélez comme bon vous semble qu’un membre de votre entourage est trans, réfléchissez un peu aux conséquences nombreuses de votre écart de parole. Pour vous c’est peut-être pas si grave que ça, pas si important, car vous êtes si tolérant.e.s si compréhensif.ve.s. Sauf que tout le monde ne l’est pas. Et qu’il s’en faut de peu pour que nos vies trans deviennent de véritables enfers. Des exemples comme ça, en France, de personnes trans, mais aussi, de personnes LGBT, persécutées en milieu rural, il y en a foison. Et ça se termine des fois dramatiquement. Suicides, meurtres, etc.
Maintenant, je serre les dents, en espérant que personne d’autre n’apprenne ma situation. Car j’ai pas à me justifier. Car tout ça m’appartient. Car je sais comment les regards changent immédiatement dès qu’on dit qu’on est trans. Avec les questions intrusives, les regards en coin.
La visibilité, oui mais pas à ce prix là.