La Greffe Ultime – Chapitre 5

Vous l’attendiez ? Le voici ! J’espère que vous allez apprécier les évènements :).

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La Greffe Ultime

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Chapitre 5

Flashs qui crépitent, applaudissements. Je monte sur l’estrade. Derrière moi, le logo de ma société (deux courbes qui s’opposent ceintes d’arc de cercles). La salle est comble. Je suis désormais bien remise de mon retour sur Terre. Ekaterina est à mes côtés.
« Bonjour à toutes et à tous. Merci d’être venus si nombreux. Ce n’était pas prévu. En fait si, je comptait sur autant de mondes (rires dans la salle). Ces trois mois passés à bord d’Eurasia auront été très instructifs. J’eut beaucoup de difficultés, notamment lors des simulations toutes plus vicieuses les unes que les autres, merci à l’équipe d’ingénieurs. Allez, montrez-vous, n’hésitez pas.» leur dis-je.
Ils sont assis au premier rang, se lèvent, et se font applaudir. Je continue.
« Egalement, je tenais à vous annoncer une nouvelle. En fait, deux. La première tout d’abord. »
Rumeurs dans la salle.
« Vous le savez, d’ici à cinq ans, je devrais être de nouveau en partance pour Mars. Les ingénieurs, designers, techniciens, travaillent déjà d’arrache-pied pour mettre en place ce projet fou, qui me fait retrouver des sensations que je n’avais plus connues depuis longtemps. Il est prévu que ce sera moi et moi seule qui partira. Sauf qu’il n’en est plus ainsi. En effet, je compte y aller accompagnée. Je sais, cela donnera un travail supplémentaire pour adapter l’ensemble du programme, avec le Batirover, le système d’entrée, de descente et d’atterrissage, le module de retour sur Terre, etc. Mais j’ai l’assurance que ces modifications seront après tout mineures. »
Silence dans la salle. Quelques chuchotements.
« Un voyage comme celui-ci est long, très long. Sept mois dans l’espace, trois mois sur Mars, et de nouveau sept mois dans l’espace. Soit un an et cinq mois. La personne qui vient avec moi est l’être qui m’est actuellement le plus cher. Nous avons beaucoup en commun, beaucoup plus que je ne l’avais imaginé au départ. Astronome hors pair, climatologue douée. Mais elle est également une astronaute chevronnée. Oui, une. Car il s’agit d’une femme. Et pas n’importe laquelle. Ekaterina Volda. Veuillez l’applaudir. »
Sous une clameur nourrie, je lui fais signe de s’approcher du pupitre, et de dire quelques mots.
« Hé bien… Que dire ? Encore merci, merci de m’avoir accordé une telle chance. Je ne sais quoi dire d’autres. Cela me paraît si soudain. Deux femmes sur Mars, après tout, cela est une bonne chose, non ?»
C’est au bord des larmes qu’elle finit son petit discours. Je reprends la parole.
« Donc je disais, il y a deux choses. La première vient d’être dite. La seconde à présent. Pour moi, Ekaterina est bien plus qu’une excellente amie que je me suis faite à bord d’Eurasia. Ce que je vais dire, même elle ne le sait pas.» Je me tourne vers elle. « Ekaterina, veux-tu être ma femme ? »
Dans le public règne une ambiance confuse. Certains ont applaudis, de façon timorée. D’autres de façon plus nourrie, dont tout ceux de ma société. D’autres encore ont quitté la salle. Je savais que cela n’allait pas se passer parfaitement, qu’il y aurait quelques réticences. Ekatarina quant à elle semble bouleversée. Je m’avance vers elle, et la console. Elle est en larmes. De mon côté, l’émotion qui a fait son petit bonhomme de chemin, arrive aussi. La chevelure rousse se blotti au creux de mon oreille.
« Bien sûr que oui je veux, petite imbécile. » me chuchote-t-elle.
Des flashs crépitent toutefois. Le fait que nous nous soyons étreintes signifiait un grand “Oui” devant tout le monde.
La presse s’en va, ainsi qu’une partie des invités. Pour nous, c’est le commencement de la soirée, celle qui annonce le nouveau départ pris par la société et sa dirigeante. Nous allons donc dans la salle dite “de gala”. Des tables sont servies, une musique douce est jouée, l’occasion de remercier l’intégralité des employés. Notre table est au centre. A celle-ci, mes plus proches. Ekaterina, évidemment, mais aussi Ron, Alesa et Lauren.
Personne d’autre. Après quelques hors-d’oeuvres, le repas commence. En entrée, quelques charcuteries du Sud-Ouest de la France, quelques feuilles de salade verte et des rognons. Après le court silence qui suivit le service, Ron décide d’intervenir.
« Je vais avoir un peu de mal à me faire à l’idée tu sais, dit-il en s’adressant à moi. Mais nous sommes dans une époque résolument tournée vers l’avenir, et j’accepte tes choix, choix que je ne remettrai pas en cause. Il faudra juste me laisser un peu de temps, tu comprends ?
– Oui Ron, je suis tout à fait compréhensive. Si tu veux quelques semaines de congés, dis moi le. D’ailleurs, je pense qu’il serait bon pour tous, après ces mois agités, de faire une petite pause, qu’en dites-vous ?
– Mais, nous avons encore beaucoup de travail à faire. Le bouclier thermique notamment doit avancer, tu le sais et nous… »
J’interrompt Alesa.
« Ne t’en préoccupes pas. Il ne s’agit juste que de deux semaines de congés. Qu’est-ce que deux semaines de plus ou de moins après tout ? »
Elle acquisse finalement.
«Alors nous allons profiter de ces congés et nous offrir un petit voyage aux Etats-Unis. En évitant le Texas cela dit.
– Quant à moi et Ekaterina, nous allons à Marseille. Je lui parlais souvent de cette région lors de nos séjour à bord d’Eurasia et elle m’a fait la misère pour qu’on y aille.
– Et le mariage ? me demande Lauren.
– Dans un mois environ, le temps de tout organiser. Nous le voulons simple, beau mais bref. »
Ekaterina me prends ma main dans la sienne, et me sourit. Nous avons l’air d’être un peu niaises j’ai l’impression parfois, mais l’amour ne rends-t-il pas un peu niais parfois ?Le repas se prolonge. Nous parlons d’un peu de tout. Mais rapidement la discussion se recentre sur le voyage vers Mars. Nous comptons avoir terminé le travail dans cinq ans. Ce qui est peu, en comparaison à la précédente mission, qui avait demandé dix années de labeur. Mais nous avons un peu plus de moyens, qu’ils soient financiers, matériels et même humains. Je suis de plus très bien entourée, nettement plus que la dernière fois. Et la perspective d’avoir au moins la certitude du voyage de retour est moins stressante pour tout le monde.« Pssst, tu devrais peut-être leur dire… me murmure Ekaterina.
– Ah oui ! » Je me lève.
J’attrape un verre à pied, le fait sonner en tapant légèrement dessus avec une cuillère. Le silence dans la salle se fait.
« Je voudrais vous annoncer deux nouvelles choses. La première, vous avez tous deux semaines de vacances, qui commencerons dans deux jours ! Je pense que vous le méritez amplement, du fait de vos travaux remarquable et de l’avancée de ceux-ci. Il reste certes tellement à faire, mais nous sommes bien à jour dans le calendrier. Quartiers libres. »
Applaudissements, et mercis sont audibles.
« Ensuite, je vous informe que vous êtes évidement tous invités à notre mariage, qui aura lieu dans un mois, et qui se tiendra ici même. Pas de voyage de noce, étant donné que nous comptons l’intégrer avant, durant les deux semaines de congés. C’était tout, nous pouvons passer dès à présent au dessert. »
Nouveaux applaudissements qui se changent en discussions. La soirée reprends son cours. C’est le moment du dessert. L’ivresse nous monte un peu à la tête. Il faut dire que le vin a coulé à flots, ainsi que le champagne. Pour ma part je commence à fatiguer. La journée fut bien longue, riche en émotions. Je laisse de cette glace pourtant savoureuse qu’est le Pot Catalan Beurre Salé au Demi-Sel. Quelques employés ont occupés la partie libre de la salle pour y danser. Ekaterina les voyant empoigne ma main.
« Non, je t’en prie, pas maintenant, je suis fa… ». Elle ne me laisse pas le temps de terminer que je me laisse entraîner par elle, dans le torrent d’une chevelure rutilante. C’est elle qui mène la danse. Je me laisse porter par elle, doucement. Je souris, un peu bêtement. Je ne remarque même pas le regard des autres gens autour de nous. Je suis là, avec elle. Ni passé, ni futur. Rien d’autres que nous deux. L’espace d’un instant, j’ai de nouveau l’impression d’être à bord d’Eurasia, en apesenteur. Puis rapidement, trop rapidement, l’ivresse me monte à la tête. Je lui fais signe que ça ne va pas trop. Direction les toilettes. Vomissements. C’est aussi ça les soirées qui sont un peu trop bien arrosées, j’avais presque oublié…

La nuit passe. Trop fatiguée pour faire quoique ce soit. Ekaterina dormira à mes côtés. Dans deux jours, nous décollerons pour l’Europe.

 

Marseille-Marignane Aéroport. 25 ans. Cela fait 25 ans que je ne suis plus retournée à Marseille. C’est sous un ciel bleu profond que notre avion se pose, après avoir effectué un léger survol de la ville. J’ai à peine pu constater les changements urbains qui s’y sont produits. A notre descente du jet, une troupe de journalistes nous attends. Nous ne pouvons avoir la paix nulle part…
« Qu’est-ce que cela vous fait de revenir chez vous ?! » , « Le mariage c’est pour quand ? » , « La Provence ici, pourriez-vous nous accorder un inst-» , « Comment allez-vous passer ce séjour ??», et d’autres questions auxquelles je ne veux même pas répondre.
Nous rejoignons rapidement notre voiture, qui nous attends à quelques dizaines de mètres de là.
«Pfouuu, cette presse ! Autant au départ c’était amusant, mais à la longue cela devient fatiguant !
– Oh tu sais, ils sont juste contents de revoir l’enfant du pays.»
Je fais une moue.
Nous empruntons l’autoroute directe pour Marseille. Je revois ces collines si familières. C’est le début de l’après-midi, le Soleil est à son point culminant. Nous entrons dans un tunnel, et puis vision sur la Cité Phocéenne. Celle-ci a bien changé. La Crise des Trente l’avais frappée très durement. De nombreux gros chantier durent être abandonnés. Le centre-ville fut pratiquement déserté, et était devenu très infréquentable. Les quartiers Sud de la ville se barricadèrent dans de hautes clôtures sécurisées. Les quartiers Nord contre toute attente devinrent le nouveau centre-ville actif. La vie y était devenue très acceptable depuis que les gangs s’étaient auto-détruits (au prix de guerres intestines toutes aussi brèves que violentes). Et puis vers la fin, retour d’une certaine prospérité. Le vieux centre-ville fut récupéré, et de grands travaux de rénovation purent être relancés. Entre la Joliette et l’Estaque poussèrent des immeubles, tous plus imposants les uns que les autres. C’est ainsi qu’en 2048 une tour de 345 mètre fut érigée. Toiture végétale, paroi solaire, système de récupération et de purification des eaux usées, ascenseurs magnétiques. La pointe du modernisme architectural de cette milieu de XXIème siècle. J’explique tout ceci à Ekaterina, qui suit tout ceci avec attention.
Nous voilà arrivées au quartier dit du “Roucas Blanc”. Il domine la pointe d’Endoume, à deux pas de Notre Dame de la Garde, qui elle, n’a pas bougé, passant les âges. Nous sommes dans une villa aux murs blancs, aux volets bleus et aux toits ocres, dont je suis la propriétaire. L’intérieur est plongé dans une fraîche pénombre. Les tumultes du centre-ville sont loin. Ici règne un grand silence.
Le décalage horaire a rapidement raison de nous et nous nous couchons, dans un lit qui vient juste d’être préparé. Toutefois, nous sommes suffisamment en forme pour nous amuser quelques peu. Elle me déshabille, se déshabille. Sa peau douce contre la mienne. La caresse de sa chevelure dont les reflets me transportent dans Valles Marineris. Et sa bouche. Nous nous blottissons l’une contre l’autre. Juste quelques instants de tendresses suspendus.

Nous choisissons de faire la grasse matinée. Depuis combien de temps n’en n’avais pas faite ? Je l’ignore… Le Soleil filtre au travers des persiennes. Elle est là, à mes côtés, toutes les deux enroulées à moitié dans des draps satinés. Nous suons un peu. D’un pied je repousse les draps qui nous dévoilent complètement. Le programme de la journée va être de se rendre dans les Calanques. Je me suis renseignée et paraît-il qu’elles sont encore très bien préservées. Je n’ai pas envie d’être conduite sur place avec chauffeur. Je lui demande de bien vouloir rester à la villa, d’y faire ce qu’il lui plaît, à condition que tout soit remis en ordre à notre retour. Nous voici donc parties en direction des Calanques. Pour des raisons de trafic en augmentation, une voie suspendue fut construite au dessus du tramway, qui va jusqu’à Luminy, technopôle marseillaise. C’est une voie rapide. De façon à désengorger encore plus le trafic, deux bus suspendus ont été disposés de part et d’autre de celle-ci. C’est donc en à peine dix minutes que nous arrivons, alors que dans mes souvenirs, il fallait au moins une bonne demi-heure, depuis le centre-ville.
L’après-midi vient à peine de commencer. Nous nous engageons l’entrée du Parc National. Si l’entrée à légèrement changé, le reste non. Il n’y a à la rigueur guère que le visage de Luminy qui a été un peu modifié. La faculté de Sciences avait été rasée en partie pour y bâtir un nouvel édifice, à la géométrie complexe, reprenant en partie celle d’une double-hélice d’ADN. L’Ecole des Beaux-Arts, mon ancienne école… Il ne reste que les locaux, abandonnés, laissés à l’état de friche où la nature put s’exprimer.
Nous marchons. Je redécouvre le sentier, avec un grand plaisir. Le faire en tant que femme est un bonheur. Je goûte chaque instant. Hume chaque exhalaison de cette nature encore préservée. Ekaterina semble comme émerveillée, et curieuse de tout. Me demandant le nom de telle ou telle espèce. Se surprenant de la topographie des lieux en me désignant des reliefs sur lesquels je m’empresse de mettre un nom. Je m’entends dire de nouveau “Mont Puget”, “Montagne Carpiagne”, “Grande Candelle”, “Monts de Luminy”, “Aiguille de Sugiton”. Comme si tout ceci était gravé dans mon cerveau, pour n’en être jamais effacé. Nous prenons un long chemin qui longe le dessus des premières calanques. Notre objectif est un endroit nommé La Lèque, grande zone rocheuse éclatante, spacieuse. Nous devrions y être tranquilles. Et en effet, une fois sur place, “dégun” comme on dit ici. Nous sommes épuisées. Faire une telle marche n’est pas de tout repos, même pour des astronautes aguerries. C’est en maillots de bain que nous nous mettons, serviettes de plages sur la roche surchauffée, et direction : farniente. Je peine à croire en cet instant là. Le ciel bleu, éternellement bleu. Les falaises calcaires. Les cigales au loin. Le clapotis de la Mer Méditerranée sur les rochers. Vous pouvez avoir tous les changements que vous voulez dans le monde, cet endroit restera lui-même, j’en suis convaincue. Moments de tendresses partagés avec Ekaterina, dans l’eau ou bien sur la roche nue. A l’écart de tout regard. Durant tout l’après-midi nous resterons là. Le Soleil se rapprochant de l’horizon, nous décidons enfin de repartir. Nous assisterons à son coucher depuis les hauteurs, avant de reprendre le chemin du retour.

Ces vacances, bien que Marseillaises, se dérouleront un peu partout dans la région Sud-Est. Je fais découvrir les Alpes à ma future épouse. La ville de Gap, où je retrouve avec amusement la fenêtre de mon ancien appartement, ainsi que les locaux de ma première boite. Que de souvenirs… Ces quinze jours passeront en un éclair. Restaurants, hôtels, voyages en voiture, en bateau, survols en avion, longues nuits et grasse-matinées. Du bonheur à l’état brut. Mais il faut se résoudre à rentrer.

Quelques collines escarpées, des roches un peu partout. Le ciel bleu ici aussi. Retour au Chili.
Après quelques jours de réadaptation, l’activité redémarre de plus belle au centre spatial.
Et après quinze jours supplémentaires, nous voici au jour J. Le Mariage. Notre mariage. Je n’aurais jamais imaginé vivre un jour pareil, dans de telles conditions. Ne nous réclamant d’aucune confession religieuse moi et Ekaterina, ce sera un mariage civil, avec un devant d’Etat-Civil Chilien, que nous nous unirons. Je le connais très bien, c’est devant cet officier, reélu de mandats en mandats, que j’ai du démarcher l’implantation préliminaire de mon complexe, il y a 28 ans de ça. Le mariage aura lieu vers 12h. Moi et ma future épouse avions du nous lever assez tôt afin de mettre en place les derniers préparatifs, et nous parer pour cet instant unique. J’ai décidé de laisser à Ekaterina l’effet de la surprise quant à la façon dont elle sera vêtue. Quant à moi, je commence l’enfilage d’une robe blanche avec des rubans rouge qui tombent depuis le bas du corset jusqu’en bas de la corolle. Mes épaules sont dégagées et un décolleté s’occupe de bien mettre en valeur la poitrine que j’ai. Je suis un peu stressée, dois m’y reprendre à plusieurs fois pour bien enfiler cette robe. On frappe à la porte. Un tête passe. C’est Alesa.
En me voyant ainsi, elle est un peu sous le choc.
«Wow, tu es… resplendissante !
– Hihi. Oui. Mais ça n’a pas été facile de me décider parmi bon nombre de robes. Mais celle-ci me va plutôt bien je dois admettre.»
Je me regarde dans le miroir et fais quelques tours sur moi-même. Eclats de rires.
«Je suis heureuse pour toi. Ça me fait bizarre de voir ma sœur, enfin, toi. Enfin tu me comprends.
– Oui totalement. Tu sais, jamais je ne serai capable de rendre le millième de ce que ta sœur a pu faire pour moi. Il ne se passe pas une heure sans que je pense à elle. J’ai eu une seconde chance grâce à elle, c’est vraiment formidable, je-»
Des sanglots me submergent. Je ne les ai pas vu venir. Alesa s’approche et me serre dans ses bras.
«Tout vas bien se passer. Allez. Viens. C’est que tu es attendue très chère.»
En effet, elle m’accompagne sur la sortie, en direction de la salle des Réceptions. Celle-ci est en archi-comble. Que ce soit mes équipes techniques, les collaborateurs plus éloignés, des amis proches et moins proches. Ma famille n’est pas là, ayant rompu avec eux depuis quelques temps. C’est dommage… Mais ma nouvelle famille est ici. Alesa me lâche le bras pour le donner à son père. Ron. Il affiche un grand sourire. Il est devenu comme un père pour moi. J’ai tissé des liens très forts avec la famille de celle qui m’a sauvée la vie. Dans le mix de tout ces sentiments, j’ai oublié de regarder au centre de l’allée, tout au fond. Ekaterina m’y attends, aux côtés de Lauren. Elle est resplendissante ! Parée d’une robe aux tons de Mars, avec quelques touches mauves qui contrastent très bien, et me rappellent les innombrables crépuscules auxquels j’ai pu assister là-bas. Elle savait que cela allait me plaire. Cela va très bien avec sa chevelure qu’elle a arrangé en un océan de spirales rousses. Elle EST Mars. Si jamais une personne pouvait l’incarner, ce serait elle. Je me laisse envahir pas sa beauté. Une beauté brute. Une beauté forte. “Pleasure Principle” de Geometry of Love (un vieil album de Jean-Michel Jarre), résonne dans la pièce à mesure que j’avance, bras dessus, bras dessous avec Ron. J’arrive à la hauteur d’Ekaterina. Sa beauté me frappe de plein fouet en la voyant à quelques centimètres de moi.
« Tu es… ravissante !» réussis-je à balbutier.
Elle me réponds par un large sourire, dont les yeux soulignés par un léger mascara bleuté m’enivrent.
Ron et Lauren prennent place à côté de Lauren, au premier rang. Nous nous tournons vers le Maître de Cérémonie.
«Si nous sommes réunis ici, en cette magnifique journée d’hiver, c’est pour unir Damia Bouic et Ekaterina Volda ici présentes, par les liens indivisibles du mariage. Ekaterina, acceptez-vous de prendre Damia pour épouse ? De la chérir, de lui faire honneur, de la respecter, d’être avec elle dans les moments de bonheur, et de malheur, à partir de maintenant, jusqu’à la fin de vos jours ou de ceux de votre épouse ?
– Oui, je le veux, déclame-t-elle en me mettant l’alliance au doigt.
– Damia. Acceptez-vous de prendre Ekaterina pour épouse ? De la chérir, de lui faire honneur, de la respecter, d’être avec elle dans les moments de bonheur, et de malheur, à partir de maintenant, jusqu’à la fin de vos jours ou de ceux de votre épouse ?
– Oui, je le veux, dis-je avec un brin d’émotion, et tremblant un peu lorsque je lui met son alliance.
– Vous voilà déclarées femme l’une envers l’autre, à partir de maintenant, et jusqu’à ce la mort vous séparent. Vous pouvez dès à présent vous embrasser.»
Alors que la musique consacrée résonne dans la salle, nous nous embrassons tendrement, vigoureusement. Applaudissements. Pleurs. Tout se mélange, s’embrouille. Je ne me rends toujours pas bien compte. L’océan aux teintes de feu qui m’avait envahi s’éloigne de mon visage. Ekaterina est en larme. Moi aussi. Nous nous séchons nos larmes, puis nous retournons. Moment merveilleux. Mon regard croise celui, bouleversé, de Lauren. Elle esquisse un grand sourire.
Et puis nous avançons en direction de la travée centrale, sous des applaudissements nourris.
A la fin de notre traversée, Ekaterina me jette un regard.
«On y va ?
– Okay !»
Et en même temps nous envoyons nos bouquets de fleurs, par dessus nos têtes, à l’aveugle. Ils retombent dans l’assemblée. Nous cherchons de regard qui les a obtenus. Un ingénieur, chargé des systèmes de navigations, l’agite, un peu honteux. Et une comptable du département communication l’agite, mais ne sachant trop quoi en faire. Nous éclatons de rire.

Nous rejoignons la salle du Banquet. Nous découvrons la pièce-montée. C’est une véritable œuvre d’art. Ils ont clairement fabriqué une réplique miniature du système solaire intérieur. Il y a le Soleil, tout en citron meringué, Mercure, un sorbet à l’amande, Vénus, un gros chou à la crème recouvert d’un nappage à l’orange, le Terre, à la myrtille, aux marrons et au chocolat blanc, et enfin Mars, au caramel beurre salé, aux copeaux de chocolat au lait, les calottes polaire étant en pâte à sucre. Et sur cette dernière, au niveau du site d’atterrissage, deux figurines à notre effigie.
«Merci, merci à tous !» m’exclame-je. «C’est un vrai travail d’orfèvre, c’est de toute beauté ! Encore merci !»
Moi et Ekaterina ne coupons pas à la tradition du découpage de la première part (et des autres d’ailleurs). Nous commençons donc par découper Mars. J’offre un morceau de Vastitas Borealum à Ron. Suivi d’un bout de Valles Marineris à Lauren. Ekaterina offre Olympus Mons à Alesa.
Et puis l’après-midi s’écoule. Tout se bouscule comme toute une série de clichés qui défilent à toute vitesse. Discours improvisés. Danses. Verres de champagne, de rosé, de rouge. Le Soleil descends sur l’horizon.
«Viens avec moi.» dis-je à mon épouse.
Elle m’accompagne. Je lui propose que l’on s’isole, que l’on aille à l’extérieur, afin de contempler le coucher du Soleil depuis une crête située à quelques centaines de mètres. Le ciel bleu roi, l’astre du jour qui trône en son milieu, juste au dessus de la barre formée par les montagnes de l’Altiplano. J’admire son visage. Je l’admire Elle. Radieuse, dans cet océan de teintes cuivrés. Je pose ma tête au creux de son épaule.
«Je suis heureuse d’être avec toi. Je t’aime.
– Moi aussi.»

Nous restons là, un moment, à contempler le crépuscule, blotties l’une l’autre. Je crois être en train de vivre un rêve. Oui, je dois rêver. Je vais sûrement me réveiller. Tout ceci est trop beau. Mais la voix de cristal d’Ekaterina me fait prendre de nouveau pied avec la réalité.
«Hé regarde là-haut !»
Elle me désigne un point lumineux, à l’éclat fixe, aux teintes cuivrées. Mars ! Suspendue là-haut, dans le ciel. Et dire que dans cinq nous pourrions être là-haut. Mais les températures redescendent vite ici, en plein désert. Nous décidons de revenir dans le complexe, bien au chaud, dans la salle pleine de convives, avant que le thermomètre n’affiche des températures… martiennes !

 

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