Cisphobie ordinaire – Ses papiers correspondaient à son identité de genre

Un nouveau drame vient de se produire dans une Poste de Miramas (13). Reportage.

CARTE-IDENTITE

C’était une fin de journée comme les autres pour Marc¹, 36 ans. Il relevait son courrier quand il reçut un avis de passage du facteur. Il venait de recevoir un colis, mais comme bien souvent, il travaillait et le facteur n’avait pu faire sa livraison. Qu’à cela ne tienne, Marc, l’avis en main, se rendit à La Poste la plus proche, qui, fort heureusement, n’était pas encore fermée.
Il se présenta devant l’agent, lui présenta son avis de passage. Puis, la question tant redoutée :

«Puis-je voir une pièce d’identité s’il vous plaît ? Carte d’identité, permis de conduire, passeport, comme vous voulez monsieur.»

C’est le cœur battant que Marc dût sortir de sa poche son porte-feuille, et sortit sa carte nationale d’identité.

«Alors… Monsieur X Marc… Bla bla… C’est bon, tout est en ordre. Je vais récupérer votre paquet.»

Pour Marc, c’était la goutte d’eau. Il ne put rester plus longtemps, et laissant l’agent postal seul, avec son colis dans les mains. Celui-ci parvint à expliquer à notre rédaction :

«Vous comprenez, c’est vraiment difficile quand on est cis’ comme moi de s’apercevoir au quotidien que nos papiers sont représentatifs de notre genre… J’en ai vraiment marre. Je fais un appel au gouvernement, au parlement, ou je ne sais pas trop, afin que nous cisgenre puissions entamer des parcours comme les transgenres… C’est une injustice totale.»

Nous avons pris contact avec SOS Cisphobie, qui nous expliqua que des actes cisphobes de ce type sont monnaie courante dans l’administration. Mais pas seulement. Au travail, dans les loisirs, même dans la famille. Tous les jours ils reçoivent des dizaines d’appels de personnes qui se font appeler Monsieur ou Madame alors que ce sont des hommes ou des femmes.

Madame Bonieandclyde, fondatrice de l’Association Nationale Cisgenre (ANC), tape du poing sur la table :

«C’est la faute de cette théorie du genre, qui impose aux individus de passer d’un sexe à un autre. Les gens jouent le jeu de la société transpatriarcale. C’est honteux !»

Rappelons qu’en France malheureusement la cisphobie n’est pas condamnable et que la banalisation de cet acte provoque l’indifférence générale.

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¹ Prénom modifié pour conserver l’anonymat de la personne.

Adieu Aerilon – Une image

(Histoire à l’origine publiée sur blog des Productions de la Semaine (encore en ligne mais pour plus longtemps).

Cette image montre une vue depuis la surface d’Aerilon, avec une des premières explosion nucléaire Cylon.)

Adieu Aerilon

Hier matin a commencé l’attaque. Je m’en souviens de façon encore très nette. Trop nette.
J’étais revenue d’une longue soirée étudiante à l’université d’Aerilon, à Promethea. Revenir de cette ville aussi importante, afin de regagner pour le Week-End la maison familiale, est souvent un véritable combat en lui-même, surtout en fin de nuit, quand l’hover-train pour Auxesia ne roule plus. Fort heureusement, Debby, ma petite amie, qui suis sa formation de pilote civil en transport spatial, a réussi à trouver un vaisseau de transport subplanétaire, qui ne possède pas de propulsion FTL, mais largement suffisant pour couvrir les quelques 450 km qui me séparent de mon village natal, situé en pleine zone agricole.
Le Soleil se levait sur les immenses champs de blé et d’orges, quand un flash surpuissant a failli littéralement nous aveugler. Elle provenait d’Auxesia. Debby s’est mise à déclamer d’une voix inquiète :
«J’ai perdu contact avec le spatioport d’Auxesia !
– Comment ??
– Bah pouf, il n’y a plus rien. Au moment même de cette explo-»
Elle n’avait pas le temps de finir sa phrase qu’un second éclair de lumière étincellait plus loin. Suivi d’un autre, derrière nous.
«Hu oh… Contact Dradis. Un… Une bombe thermonucléaire arrive juste au dessus de nous. Nous devons sortir de là, et au plus vite !
– Et merde !
– Il faut sortir de l’atmosphère, c’est la seule solution pour éviter le souffle de l’explosion.» a dit, sans une légère inquiétude dans sa voix, Debby.
Elle poussa le levier du réacteur principal à fond, et inclina le vaisseau vers le haut. L’accélération fut brutale. Je pu voir la bombe tomber, suivie d’une traînée de fumée. Elle arrivait vite ! Nous grimpions, prenions de la hauteur. Vite, encore plus vite. Le bleu du ciel se fondait en noir. Nous avions à peine quitté les couches les plus denses de l’atmosphère. Je me ruais sur l’arrière du vaisseau. La surface d’Aerilon se présentait face à moi. Je cherchait du regard mon village natal. Il n’y avait plus qu’un gros nuage verdâtre en dissipation. C’est à ce moment là que la bombe que l’on avait cherché à éviter, explosa. Je détournais le regard, mais même de cette façon, l’intérieur du vaisseau fut illuminé comme jamais.
«Sois prête pour l’impact ! hurla Debby
– Impact ?»
Je me hâtais de regagner mon siège et de m’attacher solidement. J’aurais du le pré-sentir : l’onde de choc arriva. Elle secoua brutalement notre vaisseau et nous envoyait valser. Et mit hors-service l’électronique de bord. Nous fûmes donc à la dérive, sur une trajectoire d’éjection de la planète. Notre planète. Aerilon. Le « silot à grain » des Douze Colonies. Elle passait régulièrement au travers de la fenêtre avant du cockpit. A chaque fois perforée par des impacts. Des bombes nucléaires. Mais d’où venaient-elles ? C’est à ce moment là que nous les avons vus. Debby me dit qu’elle n’avait jamais vu de tels engins. Au loin, un énorme vaisseau en forme d’étoile. Enfin plutôt comme deux immenses hélices l’une sur l’autre. Et devant, des milliers de petits vaisseaux, en forme de lune. Me reviennaient alors en tête mes cours d’Histoire. Les images de ces documentaires, que j’avais trouvé trop nombreux. Oui, il n’y avait pas de doute, ce sont eux. Les Cylons. On les avait crus loin, très loin d’ici. Qu’ils n’étaient plus une menace depuis 60 ans. Et pourtant…
Notre crainte était de ne pas être repérées. Debby échafauda un plan. On ne peux plus simple en fait. Nous ne devions pas rallumer le vaisseau. En effet, cela aurait mis en route le transpondeur et nous rendrait visible sur le Dradis des Cylons. Nous allions devoir prier les Dieux afin qu’un vaisseau plus important, et ami, soit sur notre trajectoire. Par chance, nous nous dirigions vers l’un des axe de transport principal entre Aerilon et Caprica. Avec un peu de chance, nous pourrions trouver de l’aide par là-bas

Les heures s’écoulaient.
«Bon, je relance le système, en mode minimal. Il me faut le Dradis. D’autant qu’il semble que visuellement, il n’y ait plus de présence hostile.»
L’écran s’allumait. Vide, aucun vaisseau de visible. Ni ennemi, ni ami. C’est à ce moment là qu’un bip résonna dans l’habitacle.
«Contact Dradis !» hurle-je.
Ma petite-amie me regarde d’un air grave. Je lui ai dit :
«Quoi ? J’ai toujours rêvé de dire ça !!»
Eclats de rires. Mais rapidement, nous retrouvions notre sérieux. Debby identifia le vaisseau : amical. C’était le Botanical Cruiser. Enfin une bonne nouvelle. Debby ralluma le système au complet et entama la route vers le croiseur. Rapidement il fut en vue. Un gros vaisseau, tout en longueur, avec d’immenses serres qui abritent des jardins botanique et d’agriculture, qui courent tout le long de son corps.
Après identification, nous fumes autorisées à poser notre vaisseau dans l’une des baies d’atterrissage située à l’arrière.
C’est le capitaine du vaisseau qui nous accueille en personne.
«Bienvenue à bord du Botanical Cruiser. Nous pensions être les seuls à avoir survécus à l’attaque sur Aerilon. Mais je pense que peu de monde a du réchapper de ce véritable massacre…»
Un officier arrive. Il a l’air bouleversé.
«Capitaine. C’est une horreur. Les Cylons. Leur attaque a pris de surprise l’ensemble des Douze Colonies ! Les pertes se chiffrent par milliards. Que pouvons-nous faire ?
– Prier, mon ami. Prier. Ainsi tous nous le disons.
– Ainsi tous nous le disons.»

On nous a assigné des quartiers d’officiers non-occupés. Nous pouvons y mettre la radio des communications globales. Il n’y avait rien, absolument rien. Jusqu’à ce que…
«Ici le Capitaine. Nous allons effectuer un saut FTL en direction du Colonial One, où se trouve la présidente des Colonies Laura Roslin. Nous devons partir immédiatement, avant que les Cylons nous trouvent. Je suis conscient que tout ceci est rapide, brutal même, mais nous n’avons pas de choix. Aerilon est tombée, il n’y a plus d’espoirs sur cette planète.» termina-t-il, un peu brutalement.
Nous étions sous le choc. Nous allions quitter la planète qui nous a vu naître, grandir, évoluer. Je n’ai rien connu d’autre que Aerilon. Ses larges plaines doucement vallonées. Ses couchers d’Helios sur les champs qui s’étiraient à perte de vue. Les terribles orages supercellulaires de la chaude saison. L’étrange beauté fascinante de la capitale Gaoth. Mes études en climatologie appliquée à la botanique dans la seule université de la planète. Mes parents… Mes amis… J’ai tout perdu. En l’espace d’un battement de cil. Je me mis à pleurer. Debby me serra dans ses bras pour me réconforter. Elle aussi laisse beaucoup de choses sur Aerilon.

Et le saut FTL fut exécuté. Un coup d’oeil à la fenêtre. Nous étions arrivés tout contre le Colonial One. Et de nombreux vaisseaux sont présents tout autour. Une véritable flotte !

Quelques heures plus tard, nous effectuions un nouveau saut FTL, mais cette fois-ci, toute la flotte, en direction d’une zone nommée Ragnar. Un vaisseau de guerre nous y attends. Le commencement d’une nouvelle période dans nos vies, d’une aventure incroyable. Le Battlestar Galactica.

La Greffe Ultime – Chapitre 5

Vous l’attendiez ? Le voici ! J’espère que vous allez apprécier les évènements :).

← Chapitre 3

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La Greffe Ultime

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Chapitre 5

Flashs qui crépitent, applaudissements. Je monte sur l’estrade. Derrière moi, le logo de ma société (deux courbes qui s’opposent ceintes d’arc de cercles). La salle est comble. Je suis désormais bien remise de mon retour sur Terre. Ekaterina est à mes côtés.
« Bonjour à toutes et à tous. Merci d’être venus si nombreux. Ce n’était pas prévu. En fait si, je comptait sur autant de mondes (rires dans la salle). Ces trois mois passés à bord d’Eurasia auront été très instructifs. J’eut beaucoup de difficultés, notamment lors des simulations toutes plus vicieuses les unes que les autres, merci à l’équipe d’ingénieurs. Allez, montrez-vous, n’hésitez pas.» leur dis-je.
Ils sont assis au premier rang, se lèvent, et se font applaudir. Je continue.
« Egalement, je tenais à vous annoncer une nouvelle. En fait, deux. La première tout d’abord. »
Rumeurs dans la salle.
« Vous le savez, d’ici à cinq ans, je devrais être de nouveau en partance pour Mars. Les ingénieurs, designers, techniciens, travaillent déjà d’arrache-pied pour mettre en place ce projet fou, qui me fait retrouver des sensations que je n’avais plus connues depuis longtemps. Il est prévu que ce sera moi et moi seule qui partira. Sauf qu’il n’en est plus ainsi. En effet, je compte y aller accompagnée. Je sais, cela donnera un travail supplémentaire pour adapter l’ensemble du programme, avec le Batirover, le système d’entrée, de descente et d’atterrissage, le module de retour sur Terre, etc. Mais j’ai l’assurance que ces modifications seront après tout mineures. »
Silence dans la salle. Quelques chuchotements.
« Un voyage comme celui-ci est long, très long. Sept mois dans l’espace, trois mois sur Mars, et de nouveau sept mois dans l’espace. Soit un an et cinq mois. La personne qui vient avec moi est l’être qui m’est actuellement le plus cher. Nous avons beaucoup en commun, beaucoup plus que je ne l’avais imaginé au départ. Astronome hors pair, climatologue douée. Mais elle est également une astronaute chevronnée. Oui, une. Car il s’agit d’une femme. Et pas n’importe laquelle. Ekaterina Volda. Veuillez l’applaudir. »
Sous une clameur nourrie, je lui fais signe de s’approcher du pupitre, et de dire quelques mots.
« Hé bien… Que dire ? Encore merci, merci de m’avoir accordé une telle chance. Je ne sais quoi dire d’autres. Cela me paraît si soudain. Deux femmes sur Mars, après tout, cela est une bonne chose, non ?»
C’est au bord des larmes qu’elle finit son petit discours. Je reprends la parole.
« Donc je disais, il y a deux choses. La première vient d’être dite. La seconde à présent. Pour moi, Ekaterina est bien plus qu’une excellente amie que je me suis faite à bord d’Eurasia. Ce que je vais dire, même elle ne le sait pas.» Je me tourne vers elle. « Ekaterina, veux-tu être ma femme ? »
Dans le public règne une ambiance confuse. Certains ont applaudis, de façon timorée. D’autres de façon plus nourrie, dont tout ceux de ma société. D’autres encore ont quitté la salle. Je savais que cela n’allait pas se passer parfaitement, qu’il y aurait quelques réticences. Ekatarina quant à elle semble bouleversée. Je m’avance vers elle, et la console. Elle est en larmes. De mon côté, l’émotion qui a fait son petit bonhomme de chemin, arrive aussi. La chevelure rousse se blotti au creux de mon oreille. Continuer la lecture de « La Greffe Ultime – Chapitre 5 »

La Greffe Ultime – Chapitre 4

Bon, je me rends compte que je suis allée bien vite en délivrant les chapitres. Je rattrape presque le récit où il en est. Ne vous inquiétez pas, ça va aller ;). Allez la suite.

← Chapitre 2

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La Greffe Ultime

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Chapitre 4

Les lumières sont blanches depuis bien longtemps. Elle est là, tout prêt de moi. Son visage, ses cheveux, que l’apesanteur rend encore plus merveilleux, son doux visage. Elle se réveille. Me sourit. Je souris en retour. Nous nous embrassons.

« Nous devrions peut-être y aller, me dit-elle tout bas.

– Oui, les autres vont se douter de quelque chose.

– Tu crois ? » me répondit-elle avant d’éclater de rire.

Nous mettons la main sur nos vêtements qui étaient en suspension dans la cabine. Une fois vêtues, je m’apprête à ouvrir la porte mais sa main retient la mienne. Elle m’embrasse, une nouvelle fois. Je ferme mes yeux. Je voudrais que cet instant dure une éternité.

«Je t’aime» me murmure-t-elle au creux de l’oreille, avant d’ouvrir la porte et de disparaître dans le couloir, d’un vigoureux coup de jambe sur la paroi. Je met cinq bonnes minutes à recouvrer mes esprits. Je réunis mes cheveux et quelques affaires, et je file au réfectoire. J’y trouve Olivier, Hans ainsi que Ekaterina, qui prennent leur petit déjeuner. Celle-ci me lance un sourire complice. Je ne peux m’empêcher de faire de même. Olivier, qui était à côté, le remarque, et je le vois éprouver une certaine gène.

C’est Dimanche. Rien de spécial à faire, si ce n’est nous détendre, nous reposer. Cette journée passera doucement. Je serais en partie affairée à discuter avec Ron, Alessa et Lauren en visio’. Non pas de travail, mais de choses et d’autres. Ils ont visité une partie du Chili durant la journée de Samedi. Ils comprennent mieux pourquoi je m’y suis installée. Cela leur a rappelé leur Australie, mais avec des endroits encore plus désertiques et plus secs. Ils ont pu avoir le privilège de visiter le VLT (Very Large Telescope), télescopes vieillissants mais toujours fonctionnels, qui offrent toujours un peu d’imagerie à rêver, malgré la domination du HST (Hyper Space Telescope), dont le réseau s’étends d’un miroir tous les six mois, et offre déjà des images étourdissantes. Nous passons une heure à discuter, puis je les laisse. C’est au moment où l’écran s’éteint que l’on frappe à ma porte. C’est elle. Ekaterina. Elle s’ennuie me dit-elle. J’avoue que moi aussi, je ne sais pas trop quoi faire du restant de l’après-midi. Nous passerons donc le reste de ce Dimanche l’une dans les bras de l’autre. Instants merveilleux. Et la journée touche à sa fin.

Une nouvelle semaine commence, avec son lot de routine. De simulations de plus en plus réussies. J’ai été particulièrement terrorisée par une simulation où l’électricité à bord du module de descente s’était tout simplement coupée. Plus de navigation, plus aucune possibilité d’intervenir sur les réacteurs. J’ai du intervenir d’urgence pour établir un diagnostic complet alors que j’étais à 5000 kilomètres de Mars. C’est juste à temps que j’ai pu remplacer une diode qui avait tout simplement grillée. J’ai retrouvé le contrôle de l’engin et j’ai du user de beaucoup de carburant pour me remettre dans la trajectoire de référence et avoir un atterrissage réussi. Ma plus grosse victoire de la semaine. Ma relation avec Ekaterina ne fait désormais plus de doute vis-à-vis de l’équipage. Tous trouvent cela plutôt bien, mis à part Andreï, qui semble un peu déstabilisé. Mais il reste courtois et amical. Peut-être est-ce la première fois qu’il est confronté à un couple de telle nature ?

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La Greffe Ultime – Chapitre 3

← Chapitre 2

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La Greffe Ultime

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Chapitre 3

 

On nous fait visiter la station. C’est assez labyrinthique, on s’y perdrais presque. J’ai d’ailleurs constaté quelque chose depuis que je suis une femme, c’est que mon sens de l’orientation n’est plus le même. Il s’est assez détérioré. Je suppose que cela doit provenir d’une influence du corps biologique sur le cerveau. Je dois faire travailler ma mémoire beaucoup plus qu’avant pour parvenir  à me repérer, sans parvenir à l’aisance que j’avais avant. On nous présente les différentes installations à bord, les salles d’expérimentations, de simulations, d’entrepôts, les locaux techniques, etc. Une véritable petite ville. On nous présente aussi nos chambres respectives, individuelles. Andreï ira dans la zone Russe de la station, Tchang dans la zone Chinoise, tandis que moi ce sera celle qui est Européenne. Je suis juste à côté d’Olivier. Je demande où est situé mon module de simulation. Il est arrimé dans le coin inférieur droit de l’étage Europe. Je mémorise le trajet à effectuer entre ma chambre et mon module. Andreï montre un vraie impatience pour visiter le Globe. On nous y amène tous. Après avoir longé un genre de long tube, nous arrivons devant.  Ouverture de la porte, qui dévoile un spectacle fascinant : la Terre vue d’au dessus. Le Globe est vraiment plus grand que je ne l’avais imaginé. Il fait dix mètres de diamètre. Le “verre” (en fait un alliage entre du Pyrex et des matériaux composites) est invisible, ne causant quasiment aucune réflexions. Andreï est littéralement sous le choc. Juste en bordure de la porte, sont situées plusieurs trappes, qui permettent de faire sortir des sièges et des bras pour poser un appareil photo. Le russe fut le premier à y rentrer. Je suis la seconde à prendre place, suivie par Tchang. On nous propose de refermer derrière nous pour être isolés des lumières du couloir. Le silence se fait. Nous avons vraiment l’impression d’être dans le vide spatial. Andreï n’ose même pas se servir de son appareil photo. Il est profondément bouleversé par cette vision, cette expérience. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de retenir une larme. C’est si beau. La Terre est ici visible totalement, sans que quelque chose ne vienne devant pour la masquer. Nous restons là un moment, à contempler cette planète, les continents défilant sous nos yeux, la mince pellicule atmosphérique diffusant les derniers rayons de Soleil d’une énième orbite. Le chinois est le premier à en sortir. Je le suis dix minutes plus tard, après que Andreï m’aie commenté le survol de son pays. Il restera dans le Globe, finalement prêt à faire des clichés.

 

Je resterais ici durant trois mois. Je ferais simulations sur simulations, avec des scénarios, évidemment plus tordus les uns que les autres, envoyés par mes équipes du Chili. Je compte aussi apporter un petit coup de main à l’équipe de la station. Chacun a sa ou ses spécialités, mais en matière de vie à bord, tout le monde met la main à la pâte. Aujourd’hui est mon premier jour de simulation. L’intérieur du module est assez simple : un écran qui affichera en 3D temps réelle Mars (dans le cas d’un atterrissage) ou l’étage de croisière pour le retour (dans le cas du retour sur Terre). Le panneau de commande est un peu plus simple que celui que j’aurais mais regroupe l’essentiel de ce dont je vais avoir besoin. Aussi, le siège sera parcouru de mouvements pour un réalisme accru, et l’ensemble sera en rotation de façon a recréer une gravité artificielle. Je m’installe dans le fauteuil, et lance une première simulation. Au programme, détachement de l’étage de croisière pour se poser sur Mars. Avec une erreur de trajectoire qu’il faudra corriger comme handicap. Détachement de l’étage de croisière. Tout se passe bien. Je tente de corriger la trajectoire dès à présent car je file à près de 30 km/s, et que Mars arrive vite. J’en suis à moins de 10 000 kilomètres. Sur le moniteur, la trajectoire de référence. Je fais une première poussée frontale pour ralentir et incurver mon “orbite”. Je parviens à un résultat correct. Mais ce n’est toujours pas ça, je suis trop en dehors de mon ellipse d’atterrissage. Mes battements cardiaques s’accélèrent. Mes mains transpirent sur le joystick de contrôle. Je me rend compte que je me déporte de nouveau de ma trajectoire de référence. Une nouvelle correction s’impose. 4200 kilomètres avant entrée atmosphérique. Il ne faudra pas que je rentre avec un angle trop élevé car l’épaisseur d’atmosphère traversée sera trop faible, j’irais trop vite et je ne pourrais pas déployer les parachutes sans que ceux-ci ne soient réduits en lambeaux. Je reviens sur la trajectoire de référence, de même que je parviens à m’orienter dans l’ellipse d’atterrissage. Je suis à 100 km de la surface de Mars. La décélération commence, le bouclier thermique rencontrant la haute atmosphère de la planète rouge. Comme prévu, je ressens un choc assez fort. L’engin ralenti très vite. A 20 km, le parachute est largué et le bouclier thermique éjecté. Gros ralentissement. Je descend tout doucement. A 1000 mètres, je suis coupé du parachute et dans le même temps j’active les rétrofusées de descente. Mais une alarme se fait entendre. Le moteur 2B ne s’est pas lancé. Ma trajectoire de descente est faussée. Je tente de la corriger en diminuant la puissance dans le moteur 1A et augmentant celle des moteurs 2A et 1B, pour compenser le manque de poussée. Mais cela ne suffit pas. 100 mètres, 60 mètres, 25 mètres, bientôt 10 mètres. Ecran rouge. Je me suis écrasée au sol. Fin de la simulation. Je suis haletante, le coeur battant à tout rompre. Je vois que l’on commence fort dans les exercices. Première journée, premier échec. Il va me falloir bosser dur. J’échoue à la seconde simulation, car je m’était cette fois trop écartée de la trajectoire de référence. La troisième est un cuisant échec suite à la mauvaise gestion du largage au niveau du sol. Je cumulerais une dizaine d’échec durant la journée. Je termine celle-ci vraiment éreintée, à bout de nerfs. Je ne pensais pas avoir autant de mal. C’est vrai que cela fait un peu plus de dix ans que je n’ai pas remis les mains sur la commande du Batirover. Mais il n’y a pas que ça je le sais. En étant devenue une femme, j’ai du modifier la chimie de mon cerveau de façon rétro-active. Je le sens tous les jours, mon attitude, mon caractère, mon comportement ne sont plus les mêmes que ceux que j’avais étant homme. Même si j’ai plus de patience, je vis plus intensément les frustrations et cela m’affecte un peu plus. En fait j’ai constaté que je vis plus fort les émotions, mais que j’y suis aussi plus soumise. C’est quelque chose qu’il va falloir prendre en compte lors des simulations, et aussi lors du vrai voyage sur Mars.

Cette première journée m’a fatiguée. Je vais aller me reposer dans le Globe, en espérant que Andreï n’y soit pas. Je parcours le long tube qui y mène, et y arrive. J’ouvre la porte : personne. J’esquisse un grand sourire, ne peut m’empêcher de retenir un petit rire. Me voici seule dans ce bijou. La Terre est face à moi. J’ignore quelle région nous survolons. C’est de l’océan à perte de vue, avec des moutonnements de cumulus, des cirrus, et quelques orages. Je déplie un siège pour m’y installer. Que je suis bien ici, en confidence presque directe avec la planète. Je vois que nous survolons en fait le Pacifique, et que nous allons passer au dessus de l’Amérique du Sud. Je reconnais de suite le littoral, la cordillère des Andes et le Désert de l’Atacama. Mon complexe spatial est juste à ses portes. Je m’évertue à essayer de le trouver du regard. C’est trop petit pour être visible. Je crois distinguer un petit tâche grise, mais ça ne doit pas être ça. Puis le marron de la forêt Amazonienne se présente. Enfin du moins, ce qu’il en reste… Une vraie tristesse. Heureusement que le Brésil a pu rapidement se développer pour ne plus avoir besoin de piller les derniers milliers kilomètres carrés de forêt tropicale. Depuis une petite quinzaine d’années, celle-ci repousse, se développe de nouveau. Souhaitons qu’elle puisse retrouver sa surface d’antan. Le bleu de l’Océan Atlantique se présente juste avant le coucher du Soleil. Une véritable flamboyance à chaque fois. Et le spectacle de la nuit. La lumière des villes très évidente, les orages crépitent, tels des flashs d’appareil photo dans une foule bien dense, l’illumination atmosphérique d’un vert vif. Le ballet des astres se levant à l’Est et se couchant à l’Ouest est merveilleux et rajoute à la beauté du spectacle. Nous passons au dessus de la Russie. Des aurores boréales se manifestent, voiles multicolores, diaphanes, drapant le sommet de l’atmosphère dans leur lueur électrique. Spectacle merveilleux. Une lueur bleutée s’immisce dans la fine virgule atmosphérique. L’aube arrive. Quelques nuages noctulescents passent au dessus. Première fois que j’en vois depuis l’orbite. Le Soleil réapparaît, resplendissant. La fatigue m’enveloppe. Je m’endors doucement.

Un bruit sourd. Je me réveille alors que la Terre est de nouveau plongée dans l’obscurité. C’est Andreï qui vient de rentrer dans l’habitacle, avec son impressionnant matériel photographique.

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La Greffe Ultime – Chapitre 2

← Chapitre 1 et préambule

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La Greffe Ultime

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Chapitre 2

 

15h30 heure locale. Aéroport de Sydney. L’avion a du être maintenu en vol d’attente durant deux heures en raison de chutes de neiges. La piste vient à peine d’être dégagée, permettant à l’avion de se poser. La mère (Alessa), le père (Ron) , ainsi que la soeur (Lauren) de la donneuse sont là, à m’attendre à la réception du quai de gare. Il y a manifestement comme de la gêne chez Alessa quand je m’approche pour lui faire une bise. Ron et Lauren ne montrent pas de signes de stress particulier, ils sont même assez joyeux. J’hésite un :

« Bonjour, c’est par où donc ? »

Ron prend les devants, je le suis, ainsi que le reste de la famille. Nous prenons le véhicule, un robuste véhicule tous-terrains, parfaitement adaptés aux conditions climatiques assez rudes de l’Australie, qui connaît des étés caniculaires et des hivers remarquablement rigoureux. Comme cet hiver. Ils n’habitent pas Sydney, leur maison est située aux portes du désert, à 250 kilomètres. L’occasion de faire une bonne route ensemble, et notamment de discuter. On me pose beaucoup de questions sur mes origines, mon parcours. Comment je suis passé de simple designer à entrepreneur et créateur dans une société aérospatiale. Les images que j’avais prise depuis Mars leur avaient beaucoup rappelé des paysages australiens. J’apprends que j’étais, enfin, que la personne à laquelle appartenait ce corps, était devenue passionnée d’astronomie, et d’exploration spatiale. Elle avait commencé des études dans le secteur de l’imagerie scientifique. Elle avait un fiancé aussi. Je m’inquiète en demandant s’il sera chez eux à m’attendre. On me dit que non. Il a tellement été bouleversé qu’il a décidé de quitter définitivement la région. Je respire un peu.

La route se termine en plein milieu de la nuit. Pour manger nous nous étions arrêté dans un restaurant en bordure de la route à grande vitesse. Me voilà chez eux. Ils occupent une confortable maison en bois massif, toiture à tuiles plates, un étage. Un véritable petit ranch si on tiens compte du terrain assez grand. Ils se considèrent comme rescapés de la Crise des Trente. Car même si l’Australie a été touchée, ce fut moins violent qu’ailleurs. Et puis ils avaient à peu près de quoi vivre en autarcie ici. On m’accompagne au premier étage de la maison pour m’y indiquer ma chambre. Le séjour devrait durer deux semaines. Je dois la vie à ces personnes là, c’est la moindre des choses que de les en remercier, aussi infime puisse paraître mon geste.

Le jour se lève. Je m’empresse d’ouvrir la fenêtre pour découvrir le paysage. C’est toujours une chose que j’aime faire quand je découvre un nouvel endroit. On a beau avoir vu Mars, la Terre reste la planète aux plus beaux paysages, notamment à la vue de cette plaine vallonnée. Le ciel est bien bleu, le givre recouvre la végétation, preuve d’une nuit froide. Je m’habille brièvement et descend dans la cuisine, où flotte l’odeur du petit déjeuner. Typiquement australien. Enfin, c’est dérivé du “breakfast” à l’anglaise, avec oeufs brouillés, toasts, sirop d’érable. Je fais la bise à toute la petite famille. L’impression de vivre un rêve éveillée est très forte. Une autre vie, des gens que je ne connaissais pas du tout il y a presque un an déjà. Mais cet endroit, cette ambiance m’est comme étrangement familière. Il y a un déjà vu qui me met mal à l’aise. Peut-être que le corps possède une mémoire, séparée de la mémoire cérébrale, et qu’elle revient peu à peu. La moelle épinière par exemple, un long réseau de cellules nerveuses qui parcourt tout le dos, est un véritable prolongement du cerveau. Ce n’est pas qu’un transmetteur d’information vers le cerveau, elle est capable de prendre elle-même des décision, de stocker des informations. Certes tout ceci est loin d’atteindre la complexité de ce qui se passe dans la boite crânienne, mais ce n’est pas insignifiant.

Alessa m’interrompt dans le cours de mes pensées.

« – Tout va bien ?

Oui, merci, tout va bien. Juste que je suis un peu perturbée. Ce n’est rien, car j’ai vraiment faim, et ce que vous avez préparé à l’air très bon !» dis-je en reprenant mes esprits.

«- Alors, comme ça hier soir vous disiez que vous avez la ferme intention de revenir sur Mars ? s’interrogea Ron.

Oui, en effet, dis-je. Car ma passion première est Mars, et malgré trois longues années passé là-bas, je veux y retourner. Les paysages voyez-vous y sont somptueux, une terrible beauté comme j’aime bien dire, car une cruelle hostilité habite cette planète pour tout être vivant mal préparé.

Votre société est relancée ?

Oui, dès ma sortie de l’hôpital je me suis empressée de remettre sur pieds la compagnie. J’avais mis de côté une grande quantité d’argent en cas de coup dur. Je vais investir la totalité de ma fortune dans ce projet.

Tu… Enfin, vous reprendriez bien un muffin ? me demanda Alessa.

On peut se tutoyer je pense. Cela me gêne terriblement.

Comme vous le vou… Enfin, comme tu veux.

Merci. Donc non, pas de muffin, j’en suis déjà mon deuxième. Ron ? Puis-je te poser une question ?

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