La Greffe Ultime – Chapitre 4

Bon, je me rends compte que je suis allée bien vite en délivrant les chapitres. Je rattrape presque le récit où il en est. Ne vous inquiétez pas, ça va aller ;). Allez la suite.

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La Greffe Ultime

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Chapitre 4

Les lumières sont blanches depuis bien longtemps. Elle est là, tout prêt de moi. Son visage, ses cheveux, que l’apesanteur rend encore plus merveilleux, son doux visage. Elle se réveille. Me sourit. Je souris en retour. Nous nous embrassons.

« Nous devrions peut-être y aller, me dit-elle tout bas.

– Oui, les autres vont se douter de quelque chose.

– Tu crois ? » me répondit-elle avant d’éclater de rire.

Nous mettons la main sur nos vêtements qui étaient en suspension dans la cabine. Une fois vêtues, je m’apprête à ouvrir la porte mais sa main retient la mienne. Elle m’embrasse, une nouvelle fois. Je ferme mes yeux. Je voudrais que cet instant dure une éternité.

«Je t’aime» me murmure-t-elle au creux de l’oreille, avant d’ouvrir la porte et de disparaître dans le couloir, d’un vigoureux coup de jambe sur la paroi. Je met cinq bonnes minutes à recouvrer mes esprits. Je réunis mes cheveux et quelques affaires, et je file au réfectoire. J’y trouve Olivier, Hans ainsi que Ekaterina, qui prennent leur petit déjeuner. Celle-ci me lance un sourire complice. Je ne peux m’empêcher de faire de même. Olivier, qui était à côté, le remarque, et je le vois éprouver une certaine gène.

C’est Dimanche. Rien de spécial à faire, si ce n’est nous détendre, nous reposer. Cette journée passera doucement. Je serais en partie affairée à discuter avec Ron, Alessa et Lauren en visio’. Non pas de travail, mais de choses et d’autres. Ils ont visité une partie du Chili durant la journée de Samedi. Ils comprennent mieux pourquoi je m’y suis installée. Cela leur a rappelé leur Australie, mais avec des endroits encore plus désertiques et plus secs. Ils ont pu avoir le privilège de visiter le VLT (Very Large Telescope), télescopes vieillissants mais toujours fonctionnels, qui offrent toujours un peu d’imagerie à rêver, malgré la domination du HST (Hyper Space Telescope), dont le réseau s’étends d’un miroir tous les six mois, et offre déjà des images étourdissantes. Nous passons une heure à discuter, puis je les laisse. C’est au moment où l’écran s’éteint que l’on frappe à ma porte. C’est elle. Ekaterina. Elle s’ennuie me dit-elle. J’avoue que moi aussi, je ne sais pas trop quoi faire du restant de l’après-midi. Nous passerons donc le reste de ce Dimanche l’une dans les bras de l’autre. Instants merveilleux. Et la journée touche à sa fin.

Une nouvelle semaine commence, avec son lot de routine. De simulations de plus en plus réussies. J’ai été particulièrement terrorisée par une simulation où l’électricité à bord du module de descente s’était tout simplement coupée. Plus de navigation, plus aucune possibilité d’intervenir sur les réacteurs. J’ai du intervenir d’urgence pour établir un diagnostic complet alors que j’étais à 5000 kilomètres de Mars. C’est juste à temps que j’ai pu remplacer une diode qui avait tout simplement grillée. J’ai retrouvé le contrôle de l’engin et j’ai du user de beaucoup de carburant pour me remettre dans la trajectoire de référence et avoir un atterrissage réussi. Ma plus grosse victoire de la semaine. Ma relation avec Ekaterina ne fait désormais plus de doute vis-à-vis de l’équipage. Tous trouvent cela plutôt bien, mis à part Andreï, qui semble un peu déstabilisé. Mais il reste courtois et amical. Peut-être est-ce la première fois qu’il est confronté à un couple de telle nature ?

Les trois mois s’écoulent. Désormais, je ne fais plus aucune fausse notes, que ce soit au niveau de l’entrée, la descente et l’atterrissage sur Mars, qu’au niveau des manoeuvres d’interception orbitales du module de retour. J’ai fait l’honneur à Ekaterina de venir elle-même expérimenter le module de simulation. Je l’y ait trouvée incroyablement à l’aise. Après quelques jours elle avait réussi plusieurs atterrissage et interceptions orbitales. C’est durant cette période que :

« Ekaterina, je peux te poser une question ?

– Oui ?

– Tu voudrais bien m’accompagner ?

– Où ça ? Sur…

– Mars oui.

– Mais je croyais qu’il n’y avait de la place que pour une seule personne, toi en l’occurrence ?

– Cela n’est pas un problème, je ferais modifier le Batirover. Rien n’est impossible.

– J’avoue… C’est quelque chose que je rêve de faire, aller sur une autre planète. Et y aller avec toi en plus… Je…» avant de fondre en larmes. Je la console. Puis nous embrassons.

C’est le dernier jour à bord. Le Grand Départ. Nous organisons un dernier repas, tous ensemble. Celui-ci est un peu plus copieux que d’ordinaire, et un peu plus raffiné. C’est souvent jour de fête un départ à bord d’une station spatiale. Elle et moi ne nous lâchons plus d’une semelle. D’ailleurs, elle revient sur Terre, avec moi ainsi que Hans et Olivier. Les deux chinois, Tchang et Xuan, restent à bord ainsi que Andreï. Une autre équipe prendra la relais dans un mois environ.

Plus qu’une heure avant le départ. Un module nous attends, juste à côté de celui qui nous a amené. Il est un peu plus spacieux, équipé de petites ailettes sur les côtés pour un meilleur contrôle de l’entrée atmosphérique. C’est un Soyouz III. La bonne vieille technologie russe, remise au goût du jour. Nous y chargeons quelques affaires, le résultat des différentes expériences effectuées à bord, des carnets, des enregistrements. Andreï m’offre une carte mémoire des photos prises à bord, pas uniquement celles du Globe, mais celles des soirées, des différentes tranches de vies. Je garde précieusement ce cadeau. Les deux chinois nous disent courtoisement au revoir, très respectueusement. Et chacun, nous nous installons dans le module. Je prends la place du co-pilote, tandis que Hans celle du pilote. A l’arrière, Ekaterina et Olivier. Le sas derrière nous est refermé, puis dépressurisé. J’enclenche le désarrimage. Nous voici désormais séparés d’Eurasia. J’aurais bien voulu aller dans le Globe, une dernière fois… Hans active les réacteurs pour une première poussée. Dans la vue caméra, je vois le Dock s’éloigner. C’est dans un éclatant lever de Soleil que nous quittons la station orbitale. Soyouz III effectue une rotation de 180° de façon à pouvoir quitter l’orbite. La station se présente devant notre champs de vision. Une boule dans ma gorge. Je lâche une larme. Mon coeur se resserre. Ce que j’ai vécu là dedans est unique, formidable. Une main sur mon épaule. C’est celle d’Ekaterina. Je l’attrape, la serre, doucement.

« Achtung, ça va envoyer ! » balance l’Allemand.

Il active les réacteurs à pleine puissance. Bruit sourd dans l’habitacle. Sensation étrange, car étant donné que nous décélérons, nous perdons l’apesanteur. Sur un des écran de navigation, le dessin de l’orbite. L’ellipse formée par celle-ci se réduit, à vue d’oeil. Jusqu’à ce qu’une partie de son tracé passe sous le niveau du sol terrestre. Fin des poussées. Nous voici désormais sur une trajectoire de rentrée atmosphérique. Et retour de l’apesanteur. Calme à bord. Personne ne parle. Une certaine émotion règne dans la capsule. Pour mes trois compagnons, cela doit être un choc de quitter Eurasia, après presque un an passé à son bord. Je l’imagine parfaitement. Il m’aura fallu du temps pour me remettre de mon séjour de trois ans sur Mars…

A mi-parcours, je suis chargée de retourner le vaisseau vers l’avant. Il faut présenter sa face inférieur à l’atmosphère lors de la rentrée dans l’atmosphère. Je serais également chargée d’indiquer à Hans les différentes corrections à effectuer.

Premiers tremblements. Nous resserrons nos ceintures. Mettons nos casques de scaphandre. Hans saisi fermement le levier de commande. Pour ma part, j’ai les yeux rivés sur la trajectoire. Tout est okay. Nous descendons rapidement. Nous sommes à environ 150 kilomètres. La zone d’atterrissage sera quelque part en Sibérie. Les frottements avec l’atmosphère deviennent plus rudes. L’engin est parcouru de soubresauts de plus en plus intenses. Très légère sortie de la trajectoire de référence.

«Correction de 0.5° sur le 18B !» hurle-je.

Hans s’exécute. Nous retrouvons la bonne route. Je ne remarque même pas la sphère orangée qui s’est formée autour de l’engin. Nous sommes à 80 kilomètres, et filons à toute allure. Toutefois le freinage est de plus en plus fort. La vitesse chute. En cinq minutes, nous avons suffisamment ralentis pour que les frottements avec l’atmosphère ne chauffe plus le bouclier thermique. 40 kilomètres. Désormais les réacteurs ne sont plus d’aucune utilité pour corriger la trajectoire. Nous sommes en vol plané. Hans joue sur les ailerons pour viser précisément l’aire d’atterrissage, suivant mes instructions. 20 kilomètres. Nous “chutons” de moins en vite. A mesure que la vitesse diminue, la portance également. A 10 kilomètres, c’est le moment de larguer les parachutes. Choc brutal. Craquements, bruits sourds. Retour brutal à la pesanteur, la vraie. Je me sens comme aplatie sur le siège. Il m’avait fallu une bonne semaine avant de réadapter à la gravité à mon retour de Mars. Je sens que j’en aurais besoin d’autant… D’autant que ce pour mon corps c’est une première. Le bleu du ciel nous environne. Finis les noirs d’ébène de l’espace. En dessous, les étendues sibériennes, ponctuées de quelques bosquets, des routes rectilignes et de hameaux. Point de neige, il fait encore trop doux en cette saison. Nous voici désormais liés au bon vouloir de la chute freinée par les parachutes.

Un kilomètre. C’est le silence dans l’habitacle. Mon coeur palpite à l’idée de retrouver le sol. J’ouvre les pieds d’atterrissage. Ceux-ci nous garantirons un contact en “douceur”. Quelle excellente révision en conditions réelles pour mon arrivée plus tard sur Mars ! C’est d’ailleurs pour cela que j’ai insisté à vouloir prendre part aux manoeuvres.

Le sol approche à vue d’oeil. Plus que quelques mètres. Et le choc final. Léger rebond, tremblements. Extinctions des appareils de propulsion par mesure de sécurité. Les parachutes tombent doucement, légèrement en retrait par rapport à l’appareil. Un bip résonne dans l’appareil. C’est celui de la détection radar. Je l’éteins. Nous ôtons nos casques. Nous devions les avoir car si jamais une avarie se produisait dans l’habitacle, nous risquions une perte de l’atmosphère, nous asphyxiant tous.

L’équipe d’accueil au sol arrive au bout de dix minutes à peine. Ils ouvrent la porte latérale. Trois personnes entrent, nous demandant si tout le monde va bien. Nous répondons par la positive. C’est d’abord Ekaterina qui est extraite, par simple démontage du siège, de façon à ne pas brusquer l’organisme. Viens ensuite le tour d’Olivier. Des caméras sont présentes dehors, et retransmettent sans doute en direct notre retour sur Terre avec succès. Arrive mon tour. Deux personnes de part et d’autre me soulèvent. Je renoue contact avec l’air terrestre. Le vent sur mon visage, les odeurs, la douce caresse du Soleil matinal. Quelques flashs crépitent. Je suis tout sourire. Je salue. Et l’on me place dans le bus de l’agence spatiale russe. Hans est extrait en dernier. Fin du voyage, début d’un autre. La vie est un voyage éternel. Je suis à côté d’Ekaterina. Elle me regarde, et contient difficilement son émotion.

« Bienvenue chez moi. » me dit-elle.

Je souris. Malgré la petite distance entre nos sièges, nous nous tiendrons la main durant toute la durée du voyage de retour. D’abord en bus jusqu’à l’aéroport le plus proche, puis en avion, jusqu’à Moscou, à la Cité de l’Espace. Nous y arrivons tous exténués, fatigués, comme vidés d’une journée qui n’aura que trop duré. Nous mangerons rapidement, et nous passerons la nuit dans le quartier des Cosmonautes. J’ai l’impression de revivre mes premiers mois de rééducation. Je n’ai pas encore tenté de marcher pour le moment. Je me sens fragile comme du verre. Et la gravité… Je me sens mal à l’aise. Un étourdissement me monte à la tête, qui se change rapidement en nausée. Je saisis une poche, prévue à cet effet, et vomi. Moi qui ait vaincu tant de choses, voilà que la pesanteur me met dans tous mes états. Je bois une gorgée d’eau, m’en passe un peu sur le visage, et parviens à m’endormir.

Ce retour sur Terre aura été bien plus éprouvant que prévu. C’est le matin, et je suis encore allongée. La porte s’ouvre. Une tête ornée d’une chevelure aux couleur de Mars, puis un corps sublime. Ekaterina. Elle semble s’être mieux remise que moi.

« Hey ! Ma parole, tu fais une grasse matinée ou bien ?

– Non. Juste que je suis encore bien fatiguée. J’ai un peu de mal à récupérer.

– Je vois, dit-elle en attrapant la poche que j’ai laissé sur le sol et en la jetant dans la poubelle près de la porte.

– Mais ne t’en fais pas… Tu m’as manquée tu sais.

– Oui, moi aussi. »

Elle me sourit. Se penche vers moi, et m’embrasse. Elle repart.

Ce n’est que le lendemain que je peux de nouveau marcher, sans trop de difficultés. J’ai retrouvé un appétit correct, cela m’a permis de reprendre des forces.

La semaine s’écoule assez rapidement. Quelques interviews accordée à la télévision et à la presse.

Je prends ensuite l’avion pour ma base chilienne, mais je n’y vais pas seule : Ekaterina m’accompagne. Elle garde sa résidence à Moscou, mais compte vivre avec moi désormais. Toutefois nous prenons quelques unes de ses affaires personnelles. En fait de “quelques” ce sont des tonnes de bagages. Mais il y a de place dans l’avion, fort heureusement. J’ai demandé à ce qu’on lui prépare ses appartements à la base, bien qu’il y ait des chances qu’elle partage beaucoup les miens. Cela les a un peu intrigués que je vienne avec une autre femme, qui à priori ne contribuerait pas au programme. Sauf qu’ils ne savent pas encore que je compte aller sur Mars avec elle. Certains sont toutefois mis dans la confidence, et m’assure que cela n’est pas un soucis. Cela dit, je dois informer les autres. C’est pour cela qu’à mon arrivée, j’organise une réception, avec la presse et tout le toutim.

2 réponses sur “La Greffe Ultime – Chapitre 4”

  1. Que d’émotions en lisant les premières lignes, moi qui suis allongée avec mon requin en peluche dans les bras ^^ *câlins* ^^. Exténuée après un weekend passé à fêter deux anniversaires, je ne peux pas fermer l’œil avant d’avoir fini de lire ce chapitre 😀
    Justement, hier j’ai découvert un jeu qui permet de construire sa fusée avec divers éléments, et de la mettre en orbite, j’ai pensé à toi 🙂
    En tous cas, j’apprécie beaucoup ton écriture, bravo 😀

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